La Poésie : le diamant de l'écriture, une pierre merveilleuse aux multiples facettes qui se côtoient sans se voir, parfois s'opposent, souvent s'ignorent mais se complètent pour qu'elle brille.
Cette pierre merveilleuse, c'est à nous de la ciseler ; travail délicat dont nous possédons, heureusement d'admirables outils :
• les règles adéquates conçues par plusieurs siècles de poètes amoureux fous des Muses. Encore faut-il les connaître.
• une langue, notre langue française, étonnamment riche, riche et mélodieuse, possédant, par les mots, les images et les sons, une gamme modulable à l'infini.
• Encore faut-il la connaître.
Et, croyez-moi, ce n'est pas évident.

Mais l'inspiration, me direz-vous ?
"
Les premiers vers sont donnés par les dieux" écrivait Valérie. Je suis d'accord, mais les autres ?
N'oubliez pas que "l'inspiration" puise dans notre subconscient et, de ce fait, elle ne peut y prendre que ce qui s'y trouve, mémoire atavique comprise.
La Poésie ? Un état d'âme mis par écrit.
Or, justement, que de poèmes se révèlent incapables d'exprimer l'état d'âme de leur auteur à cause d'erreurs, parfois imperceptibles, dans la perfection de leur composition et de leur style.

Certains s'excusent en disant : "
Je n'écris que pour mon plaisir. Pour moi. Que m'importent les autres
? " Alors, pourquoi, dites-moi, pourquoi se font-ils publier dans maintes revues et sont-ils si contents lorsqu'ils constatent que d'autres les lisent ? Et
"
le plaisir ! "
Mais connaissez-vous une jouissance plus extatique que celle d'avoir créé
" son poème ", un poème qui soit parfaitement soi-même, qui vive de sa propre chair, de son propre sang, qui soit l'enfant que l'on rêvait d'enfanter, celui qui vous sort des tripes et tord les tripes des autres ?

Ne partageant pas mon point de vue ainsi exprimé, un poète moderne, Hervé Boccaren, m'écrivit :
Il est évident
que toutes les règles créées depuis si longtemps ne l'ont
pas été pour rien et ont contribué à transformer la poésie...
Mais on peut supposer que chaque époque crée sa poésie telle
qu'elle l'entend, telle qu'elle la conçoit ou même telle
qu'elle le veut... Est-il nécessaire de maîtriser parfaitement
les règles classiques pour accéder au cercle restreint des
poètes qualifiés en poésie libre ? Ne peut-on pas voir,
dans ce thème, la défense d'une cause perdue, comme le ferait
un Don Quichotte partant en guerre contre des ennemis illusoires
?
... La poésie libre (Je dirais personnellement "libérée")
est arrivée à maturité, elle n'a plus besoin de béquilles
ou de tuteurs pour vivre, elle se nourrit de la résonance
pure des mots, elle jongle avec ceux-ci et maîtrise leur
harmonie.
Ce qui lui manque est comblé par la culture de façon à pouvoir
écrire cette formule :
Poésie libre = intuition + amour du beau (ou du mot) + culture.
Voici ce qu'il m'écrivait. Et je suis
entièrement d'accord. Le problème, c'est que, dans cette
formule, nombre de poètes modernes oublient "la culture".
Or, l'étude des règles codifiées, après bien des tâtonnements,
par nos aînés, fait partie de cette culture. Je ne dis pas,
je n'ai jamais dit qu'elles faisaient "tout" mais qu'elles
en faisaient partie et, reconnaissons-le, ainsi que le disent
nos parlementaires, une partie majoritaire.
Traité
de prosodie